Reza Pahlavi : «Seule solution à la crise: changer le régime»



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Le prince héritier dIran, Reza Pahlavi, a été invité la semaine dernière au Parlement français pour évoquer avec les députés français la situation en Iran et en particulier la question nucléaire. Pour Reza Pahlavi, qui vit en exil aux Etats-Unis, vouloir négocier avec le régime iranien nest quune «perte de temps» et «la seule solution dont le monde libre dispose, est dinvestir dans la démocratie en Iran et cela ne pourra se faire quaprès la chute du régime.»
RFI : Vous avez rencontré, mercredi 7 juin, à leur demande, une quarantaine de députés français à lAssemblée nationale pour parler notamment de la crise nucléaire iranienne. Quelle était leur principale préoccupation sur ce dossier ?
Reza Pahlavi : Notre rencontre nétait pas limitée au problème nucléaire mais cette question faisait partie des sujets clés dont nous avons discuté. La question centrale en ce qui concerne ce dossier était de savoir sil y avait un moyen de parvenir à une solution avec lIran. Je leur ai expliqué, vu les propositions récentes du groupe 5 + 1 [ndlr : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus lAllemagne], le régime est face à un scénario perdant-perdant. Car ce régime pour se maintenir a besoin de sappuyer sur son aile radicale et donc tout recul sur la question nucléaire contribue à son affaiblissement et sa perte. Mais le régime se trouverait aussi dans une position perdante sil refusait loffre car la situation économique du pays, déjà faible, saggraverait encore plus sous leffet déventuelles sanctions qui pourraient être annoncées. Jai expliqué aux députés français quils ne devaient pas considérer lIran actuel comme un Etat conventionnel. Il ne sagit pas là dune dictature classique, mais dune dictature théocratique qui cherche à exporter une révolution radicale islamique et à faire de ce monde, un monde islamique sans frontière. Le monde actuel est, selon eux, lantithèse de ce quils souhaitent et tentent de mettre en place. Il ny a aucune cohabitation possible avec ce régime. Il ne faut pas penser quil cherche uniquement une garantie de survie, il est là pour détruire les autres ; cest une question de temps et cest vraiment la base réelle de sa stratégie. Il tente de le faire par tous les moyens : le radicalisme islamique, le terrorisme et larme nucléaire. Cette dernière servira à maintenir la tension et la confrontation avec lextérieur à un niveau bas de façon à éviter une guerre conventionnelle avec les grandes puissances. Il pense pouvoir ainsi contrôler la région du golfe Persique par le soutien des groupes radicaux dans différents pays et encercler lartère vitale du monde libre en matière déconomie et du pétrole. Ce nest pas leur seul but. Lobjectif principal est dexporter leur révolution et instaurer la loi de Dieu sur terre.
RFI : Quavez-vous proposé à vos interlocuteurs?
Reza Pahlavi : Je leur ai dit ce que je narrête pas à répéter : la seule solution réelle qui mettrait fin à la fois aux problèmes de prolifération par lIran darmes de destruction massive et contribuerait à freiner le terrorisme et le radicalisme islamiques, linsécurité politique et la guerre entre Israéliens et Palestiniens passe par la disparition de ce régime. La seule solution dont le monde dispose est dinvestir dans la démocratie en Iran. Ce régime doit partir, point final. Et jajoute que cest la volonté de la majorité des Iraniens qui réclament ce changement et ne demandent que de rejoindre le monde libre. Le seul obstacle, cest justement ce régime. Donc au lieu daller chercher des solutions qui naboutissent à rien comme des négociations sans fin qui ne font que prolonger le statu quo et faire gagner du temps au régime, il faut soutenir le mouvement démocratique du peuple iranien. Cest le meilleur allié naturel dans la région pour faire disparaître le régime islamique. Cependant une question cruciale se pose : est-ce que lIran deviendra démocratique avant que ce régime ne parvienne à se munir de larme nucléaire ?
RFI : Mais dans létat actuel des choses, la communauté internationale cherche la solution à ce conflit dans la négociation avec le régime iranien, et non comme vous le préconisez dans la disparition de ce régime. Navez-vous pas limpression que vous nêtes pas entendu ?
Reza Pahlavi : Je pense que le monde est en train de réaliser que le régime iranien jusque-là na fait que mentir, na joué que le double-jeu, na cherché quà gagner du temps ou faire perdre du temps aux autres. La République islamique a besoin de cette nucléarisation : cest sa seule chance de pouvoir survivre en tant que tel et dexporter sa révolution. Car elle a déjà perdu en Iran même, et elle cherche sa survie dans la conquête de nouvelles terres. Ce régime na aucune intention de cohabiter avec ce monde. Ses animateurs sont des champions du radicalisme et considèrent le monde libre comme leur ennemi numéro 1. Ne soyons pas dupe ; on voit déjà lampleur des dégâts provoqués par leurs actions.
RFI : Le président Bush a déclaré que toutes les solutions étaient envisageables pour résoudre le problème du programme nucléaire iranien. Croyez-vous à une attaque militaire contre lIran ?
Reza Pahlavi : Ce que jai toujours dis cest quune attaque militaire serait non seulement inadmissible mais aussi contre-productive. Vous navez pas besoin dun scénario dattaque militaire de lextérieur pour obtenir un changement en Iran. Il suffirait de soutenir sérieusement la dissidence de lintérieur et les mouvements dopposition démocratiques de lextérieur de manière à ce quils puissent mener une campagne de désobéissance civile très vaste à léchelle nationale dans le but de mettre fin à ce régime. Je ne dis pas que cest aux gouvernements occidentaux de changer le régime en Iran : ceci est notre affaire à nous, les Iraniens. Les Iraniens en majorité veulent le changement de ce régime et le monde devrait les soutenir. Je vous donne lexemple de lAfrique du Sud : lapartheid a été balayé le jour où on a mis fin au régime qui le soutenait et qui le maintenait en vie. Mandela et ses amis ont bien analysé le fonctionnement du régime pour réclamer au monde des sanctions contre lui. Les mêmes processus étaient en marches pour mettre fin au fascisme et au communisme en Europe. De la même manière, nous aussi nous demandons un soutien fort de la part de la communauté internationale pour mettre fin à cet intégrisme et ce radicalisme contagieux.
RFI : On parle dun probable rapprochement entre lIran et les Etats-Unis. Y croyez-vous ?
Reza Pahlavi : Le régime iranien dès le début navait quun seul slogan «mort aux Etats-Unis». Il brûle et piétine leur drapeau en les appelant «le grand satan». Et ce nest pas juste de la propagande : ils y croient vraiment. LAmérique est le symbole du monde auquel ce régime a déclaré la guerre. Comment voulez-vous que ce régime puisse se réconcilier avec son ennemi mortel ? Cela me parait tout à fait impossible.
RFI : Pensez-vous que lIran a le droit daccéder à la technologie nucléaire sous toutes ses formes ? Civil, militaire ?
Reza Pahlavi : Cest évident en ce qui concerne la technologie. Noubliez pas que lIran avait ce droit avant la révolution et en réalité ce régime qui prétend vouloir défendre le droit de lIran à la technologie nucléaire est aujourdhui la raison même pour laquelle nous avons perdu ce droit. Avant la révolution ces mêmes pays qui aujourdhui veulent imposer des sanctions contre mon pays, la France, lAllemagne et les Etats-Unis, étaient en rivalité pour nous vendre au meilleur prix leur technologie nucléaire. LIran serait déjà doté dune trentaine de centrales nucléaires sil ny avait pas eu cette révolution. Mais ne confondons pas le droit à la technologie avec le droit à la gâchette surtout quand on connaît les intentions réelles de ce régime qui a besoin de se munir dune arme atomique.
RFI : Vous demandez donc aux Occidentaux de soutenir lopposition démocratique iranienne.
Reza Pahlavi : Noublions pas une chose : le monde libre na pas seulement le devoir de défendre les principes essentiels que sont la liberté, légalité, la justice et les droits de lHomme mais il a aussi le devoir daider les pays qui en sont privés. Les Iraniens sinterrogent et se demandent si les Occidentaux veulent ces principes et ces valeurs seulement pour eux-mêmes ou si les autres, en loccurrence nous les Iraniens, nous les méritons aussi ? Je dis aux Occidentaux : si vous ne vous investissez pas avec nous dans notre combat pour la démocratie, cest quen réalité vous nêtes pas sincères dans vos déclarations de défense de la liberté et des droits de lHomme. Quand jentends certains gouvernements parler des liens damitié avec lIran jen attends la preuve qui serait un soutien clair à la volonté du peuple daccéder à la démocratie. Aujourdhui le maintien de statu quo est la raison pour laquelle notre peuple se trouve toujours emprisonné, torturé, matraqué, terrorisé. Donc je pense que cette solution sera bénéfique non seulement pour les Iraniens, mais aussi pour le monde libre.
RFI : Quappelez-vous «lopposition démocratique» et quel est votre rôle dans ce mouvement ?
Reza Pahlavi : Tout groupe qui a pour principe de base la défense de la liberté, de la démocratie et des droits de lHomme peut en faire partie. Toute personne qui se munit de cette arme en disant : nous sommes pour une démocratie, laïque bien entendu, basée sur la Déclaration universelle des droits de lHomme, fait partie de cette opposition démocratique à ce régime. Je pense aujourdhui que tous les mouvements politiques et idéologiques dans leur diversité peuvent sassocier pour réaliser ce but commun. La porte reste ouverte à tous ceux qui adoptent ces principes et sans vouloir imposer au préalable une solution, acceptent les règles du jeu et se soumettent finalement à la volonté du peuple.
RFI : Et votre rôle ?
Reza Pahlavi : Cest un rôle fédérateur. Mon rôle a toujours été dadopter une position nationale dans le sens de faciliter le rapprochement des forces politiques dans le but commun que je viens de décrire. Je pense quavant même que lIran soit libre et que le peuple dIran soit en position dassumer sa souveraineté et de pouvoir librement décider de son futur, aucune question secondaire ne devrait devenir lélément prioritaire. La seule priorité actuelle est de songer à la libération de notre pays, à linstitutionnalisation dune démocratie laïque et de mettre un terme à ce régime théocratique. Cest ça notre but commun et le consensus national doit dépasser les clivages idéologique et politique. Lantithèse de la République islamique cest la démocratie avec la participation de tous les groupes qui partagent les valeurs de base que je viens dénumérer. Jai la conviction que le message que nous délivrons est exactement la volonté et lespérance du peuple iranien. Par ailleurs, jai le sentiment que nombreux sont les responsables politiques occidentaux qui commencent à mieux comprendre le fond du problème et sinterrogent sur leur politique actuelle à légard du régime. Ils cherchent donc une meilleure solution. Elle consiste, à notre avis, à engager un dialogue sérieux avec lopposition démocratique. Le monde peut avoir des options qui pour nous ne sont pas acceptables comme par exemple une intervention militaire. Ce dialogue nous permettra de leur expliquer notre vision et de démontrer que lalternative commence à prendre une ampleur beaucoup plus vaste et concrète. Elle comprend les opposants de lintérieur, lopposition démocratique de lextérieur et entend mener des actions concrètes et efficaces pour létablissement de la démocratie en Iran. Cest de cette façon que nous reconnaîtrons les amis de lIran.
Propos recueillis par Darya Kianpour
Article publié le 14/06/2006